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Lectures

Des gestes aux techniques – André-Georges Haudricourt

Des gestes aux techniques est une édition de l’essai d’Haudricourt présentée et commentée par Jean-François Bert (Éditions de la Maison des Sciences de l’homme, Éditions Quae, 2010). « Voir l’homme dans l’outil, comprendre le moteur humain », telle est la démarche d’Haudricourt, l’une des figures les plus marquantes de l’anthropologie française de la seconde moitié du XXe siècle. L’auteur s’intéresse au corps humain, à ses mouvements, aux habitudes corporelles caractéristiques d’une société. Les objets sont ainsi considérés comme des conséquences ou des transformations de certains mouvements humains.

Des gestes aux techniques complètent les études descriptives de Marcel Mauss. Cet ouvrage donne les clés d’une observation des techniques du corps humain.

des gestes aux techniques - Haudricourt

Des gestes aux techniques : présentation

Pour Haudricourt, il s’agit de mettre au point une méthode d’analyse du corps en mouvement qui ne parle plus de l’outil mais du moteur qui rend l’outil efficace. Pour comprendre l’objet technique indique Haudricourt, « il faut mettre autour de lui l’ensemble des gestes humains qui le produisent et le font fonctionner p. 15.

Contraint de résoudre des opérations techniques essentielles telles que pousser, presser, porter, transporter, tirer, enfoncer, extraire, tourner, lever, marcher, etc., le corps humain dont parle Haudricourt relève d’un ensemble cohérent de techniques plurielles, représentatives d’une société ou d’une culture. Le corps est un ensemble de techniques et d’habitus directement liés aux autres systèmes symboliques de la société. Cette hypothèse se loge clairement dans la tradition maussienne des Techniques du corps pour qui, rappelons-le, l’analyse des techniques (…) doit être capable de mettre en évidence l’organisation sociale dans sa totalité (…) p. 15.

(…) « Les rapports de l’homme avec la nature sont infiniment plus important que la forme de son crâne ou la couleur de sa peau pour expliquer son comportement et l’histoire sociale qu’il traduit » (Mauss). Mauss ne pense pas seulement l’impact de l’outil sur le corps, mais la manière dont, société par société, les hommes ont appris de manière traditionnelle à se servir de leur corps comme d’un instrument. Il est « le premier et le plus naturel instrument de l’homme. Ou plus exactement, sans parler d’instrument, le premier et le plus naturel objet technique et en même temps moyen technique, de l’homme, c’est son corps » (Mauss) pp. 15-16.

Cette conception dynamique de la technologie l’amena bientôt à envisager qu’il y avait des techniques sans objets matériels qui en soient l’instrument ou le résultat ; il les nomma « techniques du corps » p. 16.

Haudricourt inaugure cette nouvelle tentative d’analyse de l’activité technique (…). Dès lors, il ne peut plus simplement s’agir, pour l’ethnologue, de connaître et de définir un geste, de repérer comment l’habitus s’intériorise progressivement et se transmet par l’éducation et la tradition, mais de mettre en cohérence des gestualités et des mentalités p. 17.

Essai sur les techniques

On est toujours impressionné par l’objet concret, qu’il soit outil ou objet fabriqué, et l’on oublie de penser au bras humain – la force qui fait mouvoir cet outil – et au travail dépensé pour fabriquer un objet. On résume souvent l’histoire de la technique par l’histoire des outils et des objets fabriqués. On oublie que les forces motrices ont également une histoire : non seulement les forces extérieures à l’homme (…) mais également que l’homme en tant que force motrice a une histoire et une histoire peu connue et fort mal étudiées.

Le lecteur sera surpris de savoir que l’étude proprement scientifique du moteur humain est encore dans les limbes p. 29.

Les linguistes ont élaboré des alphabets phonétiques. Il existe maintenant une notation internationale habituellement suivie. Si maintenant, nous examinons les autres mouvements musculaires de l’homme, nous nous apercevons de l’absence de procédé de notation communément adopté p. 30.

Pour la danse, par exemple, les premiers essais de notation remontent au seizième siècle, d’autres sont signalés successivement jusqu’à nos jours, mais aucun n’est parvenu à s’imposer (…). L’étude des mouvements de l’ouvrier au travail a commencé par F.W. Taylor en 1881 (…). Les troisièmes utilisateurs de description de mouvements sont les professeurs de gymnastique et les sportifs (…). En définitive aucune synthèse entre les trois disciplines et nous avons l’impression d’être encore dans la préhistoire d’une science p. 33.

Haudricourt analyse ensuite les principaux gestes humains : marcher, nager, grimper, porter, frapper, lancer, tirer, pousser, etc. En ce qui concerne la technique la plus basique, la marche, Haudricourt constate comme Mauss « que l’on ne marche pas de la même façon dans toutes les sociétés ».

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