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Réflexions

Éloge de la lenteur dans un monde en pleine accélération

Éloge de la lenteur dans un monde en pleine accélération

Une autre manière d’être performant

Dans un monde en pleine accélération, le tai chi chuan nous sensibilise en fait à une autre manière d’être performant. En cultivant une conscience aiguisée de soi, des autres et de son environnement, cet art de vie permet ainsi de mieux s’ouvrir aux opportunités en suivant la propension des choses. Le pratiquant, en transférant les principes de cet art du geste dans sa vie quotidienne, découvre que celui qui ne force rien, peut énormément.

Réenchanter le monde

L’individu hypermoderne se défonce et se brûle dans l’hyperactivité. Addict à la communication, privilégiant les rencontres brèves et interchangeables, il vit constamment dans l’urgence. Comment concevoir un projet de vie dans une société individualisée glorifiant l’éphémère ?

Selon l’ancienne sagesse chinoise, toute valeur poussée à son paroxysme engendre son contraire. Michel Maffesoli voit dans la postmodernité du vitalisme, de l’empathie, de la reliance. Il y décèle par ailleurs des possibilités d’entrer dans l’intensité de l’instant afin de réenchanter le monde. Il évoque également une indéniable orientalisation du monde contemporain.

Apprendre par corps

La pratique du tai chi chuan permet de ralentir le geste extérieur tout en calmant le tumulte intérieur. En se re-connectant avec sa nature profonde, le pratiquant se ré-insère harmonieusement dans l’espace et dans le temps.

Dans notre École, nous éveillons en outre les débutants aux principes actifs de cet art du geste au travers de quelques protocoles simples. Cette approche provoque rapidement des transformations perceptibles dans la vie quotidienne.

Cet apprentissage par corps nous montre donc les limites de l’approche frontale, l’inanité de notre course effrénée épuisant toutes nos ressources. Par cet art de l’intégration, nous découvrons comment nous enraciner, ralentir, favoriser l’empathie, économiser l’énergie.

Observer sa propre activité

La posture matricielle du tai chi chuan est la posture de l’arbre. Via cette posture, l’élève s’ancre d’abord dans la terre, puis se re-verticalise et enfin se centre pour mieux se déployer.

Avec l’exercice des mains collantes, l’adepte apprend à coller au mouvement du partenaire de manière fluide, sans résistance. Dans cette pratique d’empathie, il n’y a ni opposition, ni fusion.

Prendre le temps de s’arrêter avec pour seul objectif d’observer sa propre activité : cette démarche inhabituelle pour l’humain du 21ème siècle se révèle en fait terriblement féconde. Elle ouvre des pistes pour intégrer le monde en s’intégrant en monde.

Retrouver l’esprit de l’artisan

Le tai chi chuan est une écologie corporelle qui nous conduit à agir différemment. L’approche de biais remplace progressivement l’approche frontale. Cette pratique de soi nous amène à percevoir l’environnement comme une zone d’interpénétration dans laquelle notre vie et celle des autres s’entremêlent en un ensemble homogène. Une telle prise de conscience nous amène à prendre soin du vivant.

Le tai chi chuan nous réintroduit à diverses dimensions oubliées par l’Occident moderne : prendre le temps de faire les choses, prendre plaisir à les faire, (r)établir des liens entre penser et faire (théorie et pratique), apprécier la répétition. Notre culture a plus que jamais besoin de retrouver dans ses diverses activités l’ « esprit de l’artisan » : enraciner une pratique pour la moduler de l’intérieur.

Flow experiences

Le tai chi chuan, en éveillant des sensations d’ouverture, d’espace, de fluidité, d’expansion, en induisant un lâcher-prise favorise des expériences de plénitude.

Les frontières entre le corps et l’espace environnant s’estompent. Le temps se ralentit et parfois se suspend. Ces flow experiences (expériences optimales) relient l’être à son environnement et le touchent dans sa totalité.

Édito revu Espace Taiji n° 108